vendredi 5 février 2010

Rumeurs urbaines, ce qu'on raconte à Yaoundé...

Camfranglais Slang chansonette
On entend cette chanson ... C'est une sorte de caricature du Camfranglais, que parlent les jeunes et de la représentation qu'ils ont du "Kamer" et de l'Europe

 Je go,

Si tu vois ma go, dis lui que je go
Je go chez les watt nous falla les do
La galère du Kamer toi même tu know
Tu bolo tu bolo mais où sont les do

Mon frère je te jure, je suis fatigué
J’ai tout fait, j’ai tout do pour chasser le ngué
J’ai wash les voitures : il n’y avait pas moy’
Le poisson, les chenilles : est-ce qu’il y avait moy ?
Alors j’ai tchat que c’est trop : il faut que je go.

Le pater, la mater et les mbindi ress
Ont  dit naï que je go mais je go vitesse.
Il ne faut pas qu’ils know que j’ai envie de go
Je veux seulement qu’ils know quand je suis déjà go.
Dès que je go, va leur tchat ainsi que tous les gars du kwatt
A toutes les go du kwatt que ça gâte, que ça gâte

Quand tu such la télé tu vois que les les watt
Est-ce qu’on suffa même du ngué ? Tout le monde est bath !
Dès que je tombe là bas, je bol un bolo
N’importe quel bolo qui peut me gui les do
Promener le chien, moi je vais bolo
Laver les cadavres, moi je vais bolo
Même épouser les veuves hein ! Moi je vais bolo
Fait quoi, fait quoi, moi j’aurai les do
Foumbam, Foumbot je vais go

Chanson de Koppo, juin 1996.


Petit lexique :
Ma go : my girl, ma copine
Les watt : les white, les Blancs
Falla les do : Follow the dollars, do est une abréviation de dollars
Kamer : Cameroun
Tu bolo, tu bolo : tu bosses, tu bosses
Le ngué : le mal, le « mauvais œil »
Le kwatt : le quartier
Ça gâte, ça gâte : ça abîme, ça endommage
gui les do : give dollars
Fait quoi : fais ce que tu veux
Foumban, Foumbot : deux villes proches du Cameroun, cela exprime une courte distance, un voyage rapide, je pense.


Façon d’engoiser !

On entend des filles qui parlent d'avenir, de fric, et des Blancs...
Toujours haut en couleurs, j’ai assisté à une conversation entre deux lycéennes, qui parlaient de leurs projets d’avenir. L’une est au probatoire (première), l’autre vient d’arrêter parce qu’elle n’avait pas les moyens de payer les frais de scolarité. Du coup, elle commence un petit commerce de vêtements dans la rue. J’essaie de restituer un peu près un extrait de leur dialogue :

-    Elle là même, elle veut go à Mbeng (chez les Blancs). Mais tu veux faire quoi même là bas ? Eh kyé ! Tu ne veux pas même trouver un job, tu ne veux pas même faire du business ! Tu rêves !!
-    Laisse ça, tu veux que je fasse quoi ?
-    Eh kyé ??? Mais tu peux trouver des idées de biz, là écoute moi : moi je veux ouvrir un petit cyber. Je dis aux filles là, amenez les photos, amenez la monnaie. Et puisqu’elles n’ont pas le temps, moi je suis là sur internet, msn messenger toute la journée et j’engoise les blancs, je les engoise là. Je mets les photos online, j’engoise les blancs et j’empoche, j’empoche la monnaie dans mes popoches. Moi je vais pas à Mbeng. J’aime trop mon Cameroun !!

Pas folle la guêpe …

Au bon Marché
On entend des gens négocier sec pour deux tomates ou une paire de chaussure et on essaie de faire pareil...

Un homme entre deux âges avait accroché le vendeur d’imperméables et entamé le marchandage traditionnel.
-    Cinq Mille ! avait claironné le marchand ambulant, appelé ici le sauvetteur
-    Cinq quoi ? s’insurgeait l’homme entre deux âges ; tu es même comment ? est-ce que tu as compris un jour que les gens pouvaient acheter un imperméable ici à ce prix ? Tu veux que nous trouvons l’argent où ? Tu n’as pas compris qu’il y avait eu une dévaluation dans ce pays ? Fais-moi un vrai prix mon ami.
-    Tu peux mettre combien, papa ? demandait le sauvetteur. Dis ton prix, on discute. Le commerce, ce n’est pas la dictature, papa. Nous on accepte la discussion. Tu peux mettre combien ?
-    Ekyé répondait le monsieur entre deux âges, tu as compris où que le client fixait le pris de la marchandise ? Fais-moi un prix d’ami, parle ton tarif, on va discuter, c’est ton métier.
-    Papa, donne seulement quatre mille cinq cents
-    Aaaka ! non, c’est trop. Non, non quatre mille même c’est trop. Même trois mille, c’est trop ; fais moi un vrai prix d’ami, je te donne deux mille au trop.
-    Ouais papa, deux mille ce n’est pas beaucoup. Moi-même là, j’ai acheté combien si je vends deux mille ?
Un tiers crut pouvoir s’approcher et s’en mêler et dit au monsieur entre deux âges :
-    L’imper-là, papa, c’est très bien hein.
-    Qui t’as même appelé ? Qui t’as même demandé quoi ? Tu as compris où qu’on t’appelait ? Tu viens là, tu trouves que les gens parlent leur affaire, et tu mets ta bouche. Qui a demandé ta bouche même ? Ouais.
Extrait de Trop de soleil tue l’amour, un roman de Mongo Beti.




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