samedi 12 mars 2011

Extrême Nord

La région des Kapsikis, à l'extrême nord du Cameroun. Les ânes se baladent en liberté et s'organisent en petits groupes, à grand renforts de braiements déchirants. Ils n'ont pas de bergers, pas de clôtures. Le paradis des ânes... Parfois, les hommes les rattrapent, les harnachent de bric à brac et les tiennent à la longe. On en a croisé, qui partaient en convoi à travers les montagnes, pour passer la frontière du Nigeria, et revenir au petit matin avec des caisses chargées de bouteilles de coca, de bassines en plastiques ou de faux médicaments.
Chaque jour, dans l'un des vingt-huit villages de la région des Kapsikis, se tient un marché. Les femmes marchent  à la file indienne. Les petits crânes des bébés, parfois minuscules, sont exposés à un soleil infernal. Il fait certainement plus de 50 degrés. Au marché, les femmes vont vendre de la bière de mil rouge, ou de la bière de mil blanc. Cela ressemble à un cidre malté. C'est délicieux. Parfois, elle doivent attendre d'avoir vendu suffisamment de bière pour emmener leurs bébés malades se faire soigner. La solution la plus prisée et la moins chère reste le guérisseur traditionnel.
 Dans les Kapsikis, les enfants ont deux types d'attitudes contrastées par rapport aux touristes blancs. Soit ils accourent et nous regardent avec une intense curiosité et un intérêt certain pour les cadeaux et autres bics et bonbons que nous pouvons avoir dans nos poches, soit ils se figent sur place, regardent de tous côtés pour trouver une échappatoire, et se mettent à hurler de peur. Quoiqu'il en soit, il faut éviter les mouvements brusques et les blagues  genre "loup y-es-tu". Pour eux, on reste des monstres étranges.
Un matin, notre guide nous a réveillés très tôt pour que nous allions voir le lever de soleil, sur la crête d'une colline. Nous avons traversé plusieurs villages qui, à cinq heures trente du matin, étaient déjà en pleine action. Les femmes partent en pleine nuit chercher le bois qui servira à faire la cuisine. Les enfants, qu'on avait entendu jouer et chanter une bonne partie de la soirée, transportent dans un baluchon troué quelques feuilles fripées pour aller à l'école. Le toit des villages est constellé de fruits de baobabs.
Une vue des plaines des Kapsikis, avec leurs fameux pics rocheux, qui peuvent atteindre 150 mètres. Parfois, des occidentaux fanatiques de grimpe se décident à y aménager des voies pour l'escalade. Certains viennent aussi avec leurs parapentes, suscitant l'émerveillement de tous. Les sport extrême pour "les blancs" en manquent de sensations fortes, comment cela est-il perçu par les gens qui piochent et bêchent toute la journée leurs terres dures et arides ?

Cette vieille maman était en train de fabriquer un piège à termite, en plein soleil. Les termites servent à nourrir les poussins. Elle avait des mains gigantesques et robustes, sèches comme la terre. Elle était contente de se faire prendre en photo.
Nous avons bien ri, car elle a déclaré au guide que je devais être bien vieille... étant donné que mon corps était chétif, un peu comme le sien.
L'un des hommes les plus influents de la région des Kapsikis est le "sorcier aux crabes" de Rhumsiki. Il conseille absolument tous les gens de la région, et ses prédictions tombent toujours juste, dit Joseph, notre guide. Il a plusieurs femmes et d'innombrables enfants et possède une modeste propriété composée de plusieurs cases. Voici la manière dont il procède : chaque question coûte mille francs CFA (1,5 euros). Il possède des petits crabes gris de rivière, et après leur avoir parlé et craché dessus, il les dispose dans une grande calebasse, qui contient également des morceaux de bois et divers végétaux. Ceux-ci symbolisent l'espace (l'Afrique, l'Europe) et les personnes présentes. Le crabe, une fois que la question est posée, agit à l'intérieur de la calebasse (recouverte d'un couvercle). Lorsque le sorcier, après quelques minutes, soulève le couvercle, le crabe a aménagé les morceaux de bois de manière étonnamment organisée : c'est ainsi que le sorcier interprète la réponse. Pour nous, le crabe a parlé de très bonnes choses.
L'autre tâche des femmes est d'aller chercher l'eau. Chaque jour, elles peuvent parcourir plusieurs dizaines de kilomètres pour atteindre un puits ou une pompe. La saison sèche est longue. Joseph nous dit que chez eux, dans les Kapsikis, les femmes travaillent vraiment beaucoup plus que les hommes. Sous la chaleur, nous marchons quelques kilomètres par jour, et nous sommes exténués - à demi morts si l'on rencontre une montée...

Celle-là n'avait pas peur de nous...